Dimanche 6 décembre 2009 7 06 /12 /Déc /2009 18:50

affiche-MOTHER-DEF

 

Sortie le 27 janvier 2009


Un film dur et beau, dans lequel tout est métaphore, du champ de blé immense et ses possibilités infinies, au blé violemment coupé par une lame dans un espace clos. Ce regard éminemment poétique, Bong Joon-Ho l’applique à ce destin fatalement verrouillé d’un fils et d’une mère qui vivotent derrière les verrous d’un quotidien de travail et de pauvreté.


L’esthétique de ce réalisateur, on a pu l’apprécier dans Barking Dogs Never Bite, puis Memories of Murder ou encore The Host : un oeil acéré qui fait cohabiter le meurtre ou le monstre à une réalité simple et si humaine : l’horreur dans la banalité, parce que la frontière entre les deux se fait toute ténue. Cette idée, qu’un Giono en littérature a développée dans Un Roi sans Divertissement, et d’autres cinéastes que l’on ne présente plus tels que Stanley Kubrick, Bong Joon-Ho la tire et la tend dans tous les sens de son cinéma, avec humour et sincérité.


Egalement auteur du superbe Shaking Tokyo (l’un des trois segments de Tokyo ! Composé avec Michel Gondry et Leos Carox), il surprend ici encore… Mais si vous préférez des films aux reliefs bien connus, aux intrigues et aux tours bien bordés, passez votre chemin.


C’est ici un cinéma qui sème le trouble dans les genres, les rythmes, les psychologies : un excellent film d’auteur, pour qui accepte de s’ouvrir à l’étrangeté de ce long métrage qui traite pourtant d’une figure bien connue et omniprésente, tant dans la vie que dans les oeuvres : la mère.


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L’histoire : Son fils, Do-Joon (Won Bin), 28 ans, se trouve accusé d’un meurtre sans enquête aucune : celui d’une lycéenne, Ha-Jung, retrouvée sur le toit d’un bâtiment. Méprisé du village dans lequel il vit, simplet et totalement immature, à la parole si lente et sporadique, aux manies dignes d’un fou, sans le sou, il est emprisonné. Sa mère est prête à tout pour le sauver.


Le film est habité d’une certaine lenteur, mais toujours rythmé par une action qui prend le temps de vivre et de dévoiler la psychologie des personnages. Au centre de cette histoire, c’est avant tout la force des personnages que l’on côtoie, plutôt qu’une simple histoire de meurtre qui n’en est que le prétexte et le second plan. Bong Joon-Ho nous donne à voir une mère poussée dans ses derniers carcans d’une maternité qui devient folie, obsession et hystérie.


L’intérieur des habitats, l’intérieur des êtres, c’est ce qui nous intéresse ici au travers de l’image extérieure de la caméra. Une grande interprétation de Kim Hye-Ja pour un rôle complexe dans lequel elle déploie une énergie maladive et une sensibilité spécifique bien perçue par le réalisateur. ‘Toi, c’est moi…Nous étions seuls au monde…’, dit cette femme à son fils, elle-même qui est capable de se jeter subitement de sa table de travail à l’autre côté de la route dès que son fils est en danger.


Ce film va créer un grand flou autour de l’attribution des responsabilités : il nous est interdit de pleurer très simplement sur le sort d’un innocent emprisonné, car il se révèle coupable. A l’inverse, il nous est interdit de le haïr en tant que grand méchant coupable, parce qu’il ne semblait pas maître de son acte : sa simplicité, sa folie, son trou noir de mémoire, son obéissance à suivre le principe enseigné par sa mère : ‘Quand on te frappe, tu frappes‘…La pierre lancée sur la lycéenne, il l’a lancée dans l’obscurité, métaphore de l’aveuglement et de l’ignorance, comme un fils sage comme une image. C’est cette complexité qui fait toute la force d’un Bong Joon-Ho.


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La vraie tueuse serait-elle donc la mère, d’une certaine manière ? C’est une lecture que l’on peut avoir de ce film. Qui ensevelit son enfant d’un amour inconsidéré et sans finesse, le met à mort. Do-Joon se fait laver, dort avec sa mère, mange à la cuiller qui lui est tendue et ne peut s’extirper d’un état larvaire qui lui cause le mépris de tous, l’impossibilité à vivre, l’accusation gratuite et peut-être même le meurtre qu’il commet. Et cette mère, que l’on voit si souvent planter ses aiguilles d’acupuncture pratiquée dans l’obscurité et l’illégalité : comme une image redoutable d’un être qui se veut bénéfique mais qui peut créer l’épouvante et l’énergie noire monstrueuse…On frémit à chaque image d’aiguille plantée.


Jamais, il ne nous est possible de déclarer qu’ils sont tous fous. Mais toujours, on approche quelque chose de la folie, de l’idiotie, de l’inconscience : ceci, il ne faut pas le cacher sous des litotes comme le fait la com frileuse du film ‘ce fils, presque simplet…’ Mais au contraire le mettre en exergue, pour preuve d’un talent à rendre les choses beaucoup plus floues et mystérieuses. Car c’est là l’essence de ce cinéma : un thriller qui n’en est pas un, dans lequel le coupable est dissous dans la complexité d’une psychologie insaisissable.


Cette caractéristique concerne tout aussi bien les personnages de second plan, comme Jin-Tae, l’ami cruel qui demande scandaleusement de l’argent à une mère esseulée, pauvre et perdue…Mais qui agit pour elle et lui donne de bons conseils. Le ‘Mauvaise graine’ lancé d’abord à son égard par la mère ne tient pas. Aucune affirmation ne tient plus ici.

article publié sur Publik'Art

Par Spoomette - Publié dans : Grand écran
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