Samedi 5 novembre 2011 6 05 /11 /Nov /2011 18:53

Jusqu'au 5 février prochain, le Jeu de Paume accueille la première rétrospective d'une telle ampleur de Diane Arbus. 200 photographies qui répondent à ceci : "Une photographie est un secret sur un secret. Plus elle vous en dit, moins vous en savez."

 

 


 

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Diane Arbus est l'une des plus grandes photographes du XXe siècle, impossible donc d'échapper à une file d'attente détonante au Jeu de Paume. A moins que ce ne soit pas une conséquence si évidente ni nécessaire, mais passons. C'est avec patience que nous attendons de savourer les gourmandises qui nous sont préparées, et pour continuer dans la fameuse métaphore culinaire : le repas est copieux, pour ne pas dire gargantuesque. A y réfléchir, voir en deux heures tout au plus le temps de toute une oeuvre _ et abondante, qui plus est _ relève peut-être bien de l'absurdité...

 

Ce qui ne vous empêchera tout de même pas de profiter d'une telle oeuvre, qui s'étend de la phase 35 mm - bruit et petits points sur les images - à la toute dernière, netteté parfaite.

 

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La photographe a une tendance avérée à vouloir dénicher les cas. L'atypique, c'est ce qu'elle recherche au coeur de ses sujets. Fondamentalement, il semble tout aussi important à Diane Arbus de dégoter les étrangetés et les personnages extra-ordinaires que d'en capturer toute la singularité dans l'exercice de la photographie. Je ne peux m'empêcher de me demander, un peu vulgairement, s'il ne s'agit pas pour elle d'une facilité qu'elle exploite autant qu'elle peut. Après tout, la singularité n'est pas nécessairement si évidente...Plus d'atypique dans le sujet, pour moins d'effort dans l'extraction de l'atypique avec l'appareil ?

 

Pas si sûr. Je réprime mes idées de mauvaise foi. D'abord, inévitablement, l'affichage de ces personnages atypiques plutôt que celui de personnes ordinaires les convie sous les lumières. Et la photographie de Diane Arbus se teinte de dimensions sociales, politiques, culturelles et démocratiques quasi-revendicatrices. Je ne suis pas en train de dire qu'il s'agit d'une grande militante pour autant, non. Simplement, elle porte également l'attention sur des "monstruosités" - non pas au sens d'épouvantable, mais de différent - qui en deviennent intéressantes, voire captivantes.

 

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Par ailleurs, à bien regarder, il ne me semble pas que Diane Arbus fasse ressortir particulièrement la monstruosité en elle-même. Il arrive même que tellement déployée, celle -ci s'en trouve réduite, et l'excentricité avec : elle vire en dimension purement esthétique.

 

Exploitation de l'étrange ? Certes, sans doute, évidemment. Mais audace, créativité et nouveau regard intense porté sur le monde, aussi. Je n'ai pas ouvert un seul livre de critique concernant Diane Arbus, et peu m'importe.

 

Cet article a failli s'appeler "Diane Arbus, un secret sur un secret". Trop facile. Eclairages : la superbe citation exhibée à l'entrée de l'exposition, et c'est un très bon choix, est celle-ci :

 

"Une photographie est un secret sur un secret. Plus elle vous en dit, moins vous en savez".

 

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Ces quelques mots suffisent à annuler toute idée (pourtant bien commune) selon laquelle le photographe révèlerait la vérité de son sujet. Il n'en supprime néanmoins pas la profondeur. Diane Arbus n'a pas employé le terme d'illusion, moins encore de mensonge. Il peut encore y avoir vérité : simplement, elle ne se regarde pas au travers de sa face positive, mais du côté de son absence. Du mystère, du secret.

 

Une pensée qui en dit long sur la conception du Beau et la profondeur que peut  donc avoir l'oeuvre de Diane Arbus. Mais qui éclaire, aussi, sur le Beau Moral de cette oeuvre.

 

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Le sujet, pour la photographe autant que pour le spectateur, est un secret. Il suscite le désir de le dévoiler, de le révéler au sens propre de la photographie. Mais il porte aussi en lui son inaccessibilité. Une photographie, tout autant pour la photographe que pour le spectateur encore, encapsule un secret tout en ayant les siens. Elle montre, sans doute. Elle ne révèle pas. Et c'est peut-être là, justement, dans cet interstice obscur, que se tient toute la beauté, comme celle d'une rencontre. Car nous "rencontrons", une photographie. Et c'est également là que se tient le respect _ la moralité _ ultime de la photographe qui consiste à reconnaître que jamais, elle ne comprend (au sens de prendre avec elle) ni ne possède. Le sujet conserve toute sa dignité d'être singulier et n'en est que plus porteur de sens.

 

Si avec ça je ne finis pas chez Télérama un jour...

Par Spoomette - Publié dans : Photographie - Communauté : blog culture
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